Anya


Description


Anya

Anya s’inscrit au carrefour des quêtes qui ont marqué la trajectoire scientifique et littéraire de l’auteur. Le thème du rêve qui nourrit la trame d’Anya est éminemment universel.

L’héroïne se rend dans le pays de ses aïeux elle passera trois jours chez son oncle paternel Vuluka (« Souviens-toi ! », nom reçu lorsqu’il fut chargé de la transmission d’un message dont on découvrira le poids  douloureux mais essentiel). Leur quête respective de sens, leur envie de déchiffrer le passé et de décoder les messages enfouis dans  les rêves font vaciller sans cesse le récit, entre rêve et réalité, ombre et lumière, jour et nuit, certitude et questionnement ... Antoine TSHITUNGU, critique littéraire


Anya signifie « tiens bon ! » et c’est ce que va faire l’héroïne pendant les 192 pages. À l’appel d’un mot révélé en rêve, Anya se lance dans la quête de ses origines. De la Belgique au village de ses pères, d’avion en camion, Anya découvre à travers des songes et des rencontres une autre part d’elle-même.

Clémentine Faïk-Nzuji nous offre un récit initiatique, un retour sur nous-mêmes et une invitation à nous comprendre à travers les rêves. La romancière propose à travers une écriture fluide des fragments du quotidien d’un village, des pages d’Histoire congolaise et une rencontre des cultures occidentale et africaine. Philologue, symboliste et spécialiste des cultures africaines, l’auteure raconte sans détour ce voyage initiatique de cette femme d’aujourd’hui, Anya. Ce voyage peut être cruel comme la mort de Kêna, victime des préjugés et de la bêtise humaine, mort d’avoir été trop barbu après un 11 septembre.

Il y a dans Anya ce parfum d’humanité et de désir de rencontrer l’autre comme dans le naturalisme d’un Émile Zola ou d’un Dostoïvsky. Madimba KADIMA-NZUJI.


Extrait

Le sous-bois est sombre. Humide. Anya avance vers la sortie. Un  bouillonnement régulier monte de quelque part devant elle, s’engouffre dans les branches des arbres, puis fond dans les plaintes du vent. Anya aperçoit des rais métalliques. Ils sont par endroits blessants pour les yeux et annoncent qu’un cours d’eau coule non loin de là.

C’est un fleuve immense. Son courant est agité, son profil très large. Un pont étroit, érigé très haut, semble flotter sans piliers dans le vide tout en reliant ses deux rives. Anya s’étonne du contraste que forment la largeur du fleuve et l’étroitesse du pont. Elle observe l’un et puis l’autre et se demande : « Comment traverser le fleuve ? Par où accéder au pont ? » Ne pas savoir y répondre la plonge dans un sentiment angoissant d’avoir perdu ses repères. Anya recule, comme prise de vertige.

Elle se voit soudain au milieu du pont, ne distinguant plus la rive d’où elle vient ni celle où elle est censée se rendre. Tout en bas sous l’édifice, le fleuve, résolu, poursuit son cours, tantôt paisible, tantôt impétueux. Anya ressent une cruelle impression d’être abandonnée. Elle vacille, ferme un instant les yeux.

Quand elle les rouvre à nouveau, elle voit son sac à main en train de tomber, au ralenti, tournant sur lui-même dans un mouvement de spirale. En même temps elle voit l’eau, sous le pont, s’arrêter de couler un moment, se fendre en deux, à l’endroit exact où va tomber le sac. Elle voit le fleuve engloutir le sac, se refermer, puis continuer tranquillement son cours.

Anya est sous le pont maintenant. Il n’y a plus une seule goutte d’eau. C’est un fleuve de sable, un désert qui s’étend pareil aux dunes à perte de vue. Anya veut récupérer son sac. Elle a du mal à avancer dans le sable mouvant qui l’aspire comme de la vase. Après deux, trois pas, elle lève la tête : le pont, de plus en plus haut, est si étroit qu’il ressemble à une passerelle en nuage égaré dans le firmament.

Anya ne voit pas son sac, mais le devine enfoui quelque part sous le sable. Des ombres étranges traînent sans but sous le pont autour d’elle : des hommes et des femmes farfelus. Les propos qu’ils tiennent sont extravagants. « Que font-ils donc là, ces gens ? » se demande Anya.

Inquiète, elle a envie de fuir. Mais elle veut coûte que coûte récupérer son sac. Elle ne veut donc plus rien voir, plus rien savoir de ces ombres. Elle continue à chercher son sac, tout en se répétant pour elle-même en silence: « Toutes mes pièces d’identité sont dans ce sac, que vais-je devenir si je ne les  récupère pas ? » 

Une voix forte d’enfant crie son nom. Anya se réveille. « Pont sans attaches ». Pages 11-12.


 

 

 

 

 


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