Frisson de la mémoire


Il est des moments où un seul désir dévore la totalité de la pensée. Et la personnalité elle-même, occupée par cette pensée, finit, à son tour, par se dissoudre dans ce désir ; non pour disparaître, mais pour s’y ressourcer, s’y reconstituer, afin de mieux mesurer l’ampleur de sa déraison.

Ce désir peut être celui d’un être réel, tangible, offert sur un fragile socle de chair à notre regard ; ou celui d’un être immatériel, — Dieu ou quelque génie — dont la réalité s’impose à nous par le canal d’angoisses inavouées.

Mais quel que soit l’être par lequel surgit en nous ce désir, dès sa rencontre, il s’opère dans celui qui en fait l’expérience un secret remous de sentiments qui, par petites doses savamment distillées, se propagent dans le corps et dans l’esprit, et finissent par assiéger en maîtres l’existence tout entière.

Et pourtant, quoi de plus banal, de plus fortuit qu’une rencontre ? La part vagabonde des profondeurs de l’âme soudain s’immobilise, comme si toute entreprise depuis la naissance venait enfin de heurter un obstacle. On s’arrête devant l’hôtel du destin, le fragment de l’univers sur lequel devait se poser la feuille morte.

Le jour où, il y a près de quinze ans, Maïa fit cette découverte […]. 

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