Le Masque. Variations sur un rêve

Le Masque, variation sur un rêve
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Le brouillard, d’ordinaire uniforme, présente, ce soir, de bien étranges allures. Sur Woluwé, des lambeaux cotonneux s’étendent, flottants, comme de larges voiles de mousseline ondoyant sur le silence. Les habitations se devinent à peine.

Dans l’une d’elles, assoupis dans leur large et confortable lit, André-Pascal et Naïna se taisent. Ils en sont à cette phase trouble où, confronté au silence de la nuit, le parcours intérieur des pensées de la journée se dispose à prendre refuge dans un sommeil consolateur.

C’est alors qu’un bruit se fait entendre.

D’abord, un souffle à peine perceptible, rythmé à la manière d’un ballon de baudruche qui gonfle et se dégonfle sous la pression des doigts d’un enfant.

— Pffff ! .. phouou … pfff !… phouou …. pff ! phou…

Pour mieux écouter, Naïna se dresse sur son séant et perçoit, entre deux “phouou”, un léger sifflement qui lui semble familier.

Elle tend l’oreille… Écoute.

Le sifflement s’intensifie, devient gras, puis se prolonge en un roulement ondulé qui éveille sa suscicion :

— Pffff ! .. phouou … pfff !… phouou …. pff ! phou…

Naïna se ressaisit, se redresse : elle vient de reconnaître dans ce fracassant vrombissement, dans cette déflagration effrontée, bref dans ce lamentable tapage nocturne, le ronflement bien connu de son mari !

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